Nouveaux OGM : quand l'Europe se rend aux sirènes de la « souveraineté » verte
Les eurodéputés s'apprêtent à autoriser des organismes génétiquement modifiés résistants à la sécheresse. Un choix présenté comme écologique qui masque une réalité plus crue : l'accumulation capitaliste du vivant.
Le capitalisme biotechnologique invente une rente nouvelle sur le vivant lui-même, tandis que l'Union européenne consolide les structures qui ont précipité le dérèglement climatique.
Les OGM dits « nouveaux » — résistants à la sécheresse, non transgéniques techniquement — franchissent les derniers verrous bruxellois. On nous les vend comme une nécessité face au dérèglement climatique, une arme de la « souveraineté alimentaire » européenne. Or, il ne faut voir là qu'une reformulation classique du vieux mensonge : présenter comme inévitable ce qui est avant tout profitable. Ces semences, même exemptes de gènes étrangers, restent des marchandises brevetées, des instruments de contrôle du cycle reproductif agricole. L'agriculteur ne sème plus ; il loue l'accès à une formule biologique qu'il ne peut reproduire sans permission. Le capitalisme biotechnologique invente ainsi une rente nouvelle sur le vivant lui-même.
Remarquez la rhétorique subtile : on nous parle d'innovation, de résilience climatique, quand il s'agit d'abord de concentration. Ces technologies échapperont à la majorité des paysans du globe. Seuls les grands semenciers — Bayer-Monsanto, Corteva, Syngenta — en maîtriseront la production et les brevets. Pendant que le climat s'effondre, l'Union européenne consolide les structures mêmes qui l'ont précipité : monocultures intensives, dépendance chimique, extorsion du surtravail biologique par les corporations. La sécheresse sera combattue non par une refonte écologique des rapports à la terre, mais par une marchandisation plus raffinée encore du vivant.
Ce que l'Europe approuve, c'est donc la continuation par d'autres moyens. Une fuite en avant technologique pour éviter la vraie question : celle de la propriété et du pouvoir. Tant que le capital commande, tant que la terre est champ d'accumulation, aucune semence, même génétiquement « purifiée », ne résoudra la question agricole. Elle l'aggravera. Les paysans européens découvriront que leur salut climatique aura été vendu en pièces détachées à des oligopoles biotechnologiques. C'est cela, « l'innovation verte » : un vieux vin dans des outres nouvelles, un peu plus étouffant encore.
La canicule s'intensifie ; l'eau devient spectre. Et l'Europe, face à cette menace tangible, choisit de perpétuer les structures qui l'ont créée. C'est peut-être là le cynisme le plus complet : faire de la catastrophe le prétexte à son aggravation.