LES IMMORTELS

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Monde

Trump et l'Iran : quand la diplomatie devient spectacle de pouvoir

L'accord annoncé entre Washington et Téhéran révèle une conception du politique où la négociation se réduit à un échange de prestiges. C'est oublier que le pouvoir véritable réside dans la capacité à instituer un monde commun.

Le pouvoir authentique n'est jamais une possession ; c'est l'aptitude à créer de l'espace public, à fonder la capacité d'agir en commun.

Il y a quelque chose de vertigineux à observer comment les grands événements diplomatiques deviennent des mises en scène du triomphe personnel. L'accord entre les États-Unis et l'Iran, vanté comme une victoire lors du G7, porte en lui les stigmates de cette confusion croissante entre l'exercice du pouvoir et son spectacularisation. Quand un chef d'État se présente « galvanisé » par un accord, on mesure la distance qui nous sépare de l'idée même que la politique pourrait être autre chose qu'une quête de domination personnelle. Or le pouvoir authentique n'est jamais une possession ; c'est l'aptitude à créer de l'espace public, à fonder la capacité d'agir en commun. Ce que nous voyons plutôt, c'est son usurpation.

Cette transformation du diplomatique en spectaculaire entraîne des conséquences structurelles graves. D'abord, elle rend imprévisible la politique étrangère : les alliances deviennent volatiles, dépendantes des humeurs et des calculs de réputation d'un individu plutôt que d'institutions et de traités durables. Voyez Benyamin Nétanyahou, dont le rapport à Washington se transforme en « fardeau » dès lors que les priorités présidentielles se déplacent. Cette instabilité perpétuelle paralyse les véritables négociations, celles qui exigent constance, bonne foi, reconnaissance mutuelle de l'adversaire comme sujet politique et non comme figurant dans le récit de sa propre grandeur.

Ce qui trouble profondément, c'est comment cette logique corrompt l'espace public lui-même. Quand les enjeux diplomatiques les plus graves—la paix, la sécurité collective, le droit des peuples—se réduisent à des points marqués dans une compétition de prestige, nous privatisons ce qui devrait rester public. Les peuples concernés, les générations futures qui hériteront de ces accords fragiles, disparaissent de la scène. Il ne reste que des acteurs rivaux poussant leur pion sur l'échiquier du monde.

La fragilité inhérente à une diplomatie ainsi dépersonnalisée est flagrante. Un accord qui repose sur la gloire d'un homme peut s'effondrer avec lui—ou se transformer en son contraire selon que le vent politique tourne. C'est pourquoi les institutions, malgré leur apparence pesante et bureaucratique, restent les seules garantes de stabilité. Elles incarnent l'idée que la politique existe en dehors des individus, qu'elle est l'affaire de la pluralité, du débat public, de la responsabilité partagée. Restaurer cette vision n'est pas un rêve nostalgique : c'est une exigence de survie pour l'ordre mondial.

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