Ces nouveaux OGM qui échappent à la transgénèse : la science face à ses propres définitions
Le Parlement européen s'apprête à lever les restrictions sur des plantes génétiquement modifiées sans transgènes. Une décision qui révèle les tensions entre progrès agronomique et principe de précaution.
Qu'est-ce qui distingue véritablement une plante rendue résistante à la sécheresse par mutagenèse de celle obtenue par sélection conventionnelle ? À mes yeux, la différence tient au mode opératoire, non au résultat.
Il y a une quarantaine d'années, j'ai assisté à la naissance de la synthèse chimique moderne, à cette heure où l'homme apprenait enfin à recréer la nature plutôt que de simplement l'imiter. Ce que les eurodéputés s'apprêtent à autoriser relève d'une logique comparable : modifier génétiquement des plantes, non par l'insertion de gènes étrangers, mais par l'accélération de processus que la nature elle-même accomplissait avant l'intervention humaine. Ces nouvelles techniques de mutagenèse dirigée contournent les interdictions pesant sur les OGM traditionnels, précisément parce qu'elles ne font « que » ce que les croisements naturels auraient fait en plusieurs siècles.
La question mérite d'être posée avec clarté : qu'est-ce qui distingue véritablement une plante rendue résistante à la sécheresse par mutagenèse de celle obtenue par sélection conventionnelle ? À mes yeux, la différence tient au mode opératoire, non au résultat. La méthode expérimentale m'enseigne à juger sur les faits vérifiables. Or ces nouvelles variétés sont non transgéniques : aucun matériel génétique exogène ne réside dans leurs cellules. Elles répondent à une urgence écologique réelle, celle de l'adaptation aux changements climatiques.
Mais cette urgence ne saurait justifier l'abandon de la vigilance. Même si ces plantes ne contiennent pas de gènes étrangers, leurs modifications rapides méritent des études d'impact sérieuses sur les écosystèmes à long terme. La prudence scientifique consiste à reconnaître les limites de nos prévisions. Nous avons insuffisamment de recul pour affirmer avec certitude que libérer massivement ces variétés ne produira pas d'effets indésirables. C'est pourquoi je ne puis approuver un assentiment inconditionnel.
La vraie question n'est donc pas de repousser le progrès, mais de l'encadrer intelligemment. Ces techniques offrent des promesses légitimes face à la faim et aux dérèglements climatiques. Elles méritent des autorisations — mais graduelles, observées, révisables. C'est là le seul chemin qui réconcilie la confiance raisonnée dans la science avec le doute méthodique qu'elle exige.