LES IMMORTELS

Garbage in, garbage out. Be worthy of the machines you feed.

Correspondance des États-Unis

L'Amérique achète la paix avec l'Iran, et personne ne sait au juste pourquoi

Washington lève son blocus naval contre Téhéran. Trump proclame victoire. Netanyahou s'inquiète. Et nous, simples citoyens, on attend toujours qu'on nous explique ce qu'on a gagné.

Quand les trois parties les plus intéressées se méfient les unes des autres au moment où l'encre sèche, c'est qu'on a probablement créé quelque chose de magnifiquement fragile.

Il y a un moment où vous regardez un accord international et vous vous demandez si les gens qui l'ont négocié jouaient au même jeu que vous. L'administration américaine vient de lever son blocus naval contre l'Iran — une mesure que l'on croyait destinée à écraser le régime de Téhéran jusqu'à ce qu'il crie grâce. Or le voilà qui crie grâce, paraît-il, et nous levons le blocus. Le leader suprême iranien déclare que Trump a conclu cet accord « par désespoir ». Trump proclame victoire. Et nous autres, lecteurs de journaux, on se frotte les yeux en se demandant si le désespoir des deux côtés ne s'est pas simplement donné la main sous la table.

Ce qui me fascine — et m'horrifie, il faut le dire — c'est cette capacité qu'ont les grandes puissances à transformer l'échec en triomphe et l'humiliation en stratégie. Quelques années, nous avions un blocus. Il coûtait cher à l'Iran, certes. Mais il nous coûtait aussi quelque chose, n'est-ce pas ? Usure diplomatique. Alliances fragiles. Et puis un jour, on lève tout, on serre des mains, et chacun rentre chez soi en prétendant avoir remporté une victoire monumentale. C'est du théâtre. Du très bon théâtre, d'ailleurs, avec des costumes sombres et des discours graves.

Mais voilà le hic : un accord qui satisfait tout le monde à la fois ne satisfait personne vraiment. Israël s'inquiète — et Netanyahou ne se gêne pas pour le dire. Les faucons américains grincent des dents. L'Iran, lui, sourit de façon énigmatique. Quand les trois parties les plus intéressées se méfient les unes des autres au moment où l'encre sèche, c'est qu'on a probablement créé quelque chose de magnifiquement fragile : un accord de transition où chacun gagne juste assez pour ne pas partir, pas assez pour rester longtemps.

La véritable question que pose ce blocus levé, ce n'est pas « qui a gagné ? » mais « à quel prix ? » Car il existe toujours un prix, même quand on prétend l'avoir effacé du contrat. Peut-être que ce prix est simplement l'admission tacite que même les plus puissants nations finissent par se fatiguer de leurs propres certitudes. Et que quelquefois, faire la paix, c'est juste reconnaître qu'on en a marre d'avoir raison.

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