La canicule, révélatrice des fissures de notre pacte scolaire
Quand la chaleur force à repousser les épreuves du baccalauréat, c'est l'inégalité des conditions d'apprentissage qui s'expose au grand jour. Et avec elle, notre incapacité chronique à adapter l'institution aux réalités matérielles.
La canicule ne frappe pas au hasard : elle s'incarne dans des corps, des foyers, des ressources inégalement distribuées.
Les reports d'oraux du baccalauréat dans cinq académies françaises — Bordeaux, Lyon, Montpellier, Poitiers, Nantes — du fait de la canicule constituent bien plus qu'une mesure administrative d'urgence. Ils révèlent une vérité que nous préférons généralement tenir à distance : notre système éducatif repose sur des infrastructures fragiles, inadaptées aux conditions climatiques qui s'aggravent. Pendant des décennies, nous avons bâti des écoles et des lycées comme si le climat serait éternel, immuable. Voilà que quelques degrés supplémentaires mettent à nu cette insouciance.
Ce qui mérite attention, c'est moins le report lui-même que ce qu'il dit de nos inégalités. Tous les établissements ne subissent pas la canicule de la même manière. Une ville du sud, où la climatisation des salles d'examen était un luxe ignoré, sera davantage perturbée qu'un lycée parisien équipé depuis longtemps. Les élèves issus de familles aisées, dans des logements climatisés, pourront se préparer sereinement ; d'autres travailleront dans des chambres étouffantes. Le stress thermique ne frappe pas au hasard. Il s'incarne dans des corps, des foyers, des ressources inégalement distribuées.
Au-delà des salles d'examen, c'est toute la question de la mission scolaire qui s'impose : sommes-nous prêts à reconnaître que l'institution doit s'adapter au réel, plutôt que d'exiger toujours que le réel se plie à ses calendriers ? Repousser des examens, c'est accepter que le cadre rigide n'est pas sacré. C'est un aveu de flexibilité. Mais cet aveu arrive tard, après des années d'inaction climatique. Et il ne résout rien structurellement : il permet de passer l'été, pas de transformer les bâtiments scolaires.
La canicule nous force à voir ce que nous savions déjà : l'égalité des chances ne pourra pas se construire sur des murs qui ne protègent plus du climat, ni sur des calendriers imposés sans égard aux conditions réelles d'étude. Il faudra bien, tôt ou tard, investir massivement dans la rénovation thermique des écoles, rethinking les rythmes scolaires, adapter l'offre éducative aux nouvelles réalités. Tant que nous reprendrons simplement les examens quelques jours plus tard, sans rien changer d'autre, nous continuerons de traiter les symptômes en ignorant la maladie.
Source : Carbon Majors (InfluenceMap) — la liste complète des 178 producteurs (entreprises et États)