Le train climatisé n'existe plus : la SNCF découvre enfin l'air chaud
Quand la canicule oblige les chemins de fer à supprimer des convois, on mesure combien notre civilisation repose sur un fragile équilibre thermodynamique — et combien peu nous y avions songé.
Nous avons bâti un empire sur le rail, et quarante degrés nous rappellent que nous ne sommes que des mammifères stupides.
La SNCF recommande aux « personnes vulnérables » d'éviter les trains pendant la canicule. C'est un euphémisme admirable. Elle aurait pu écrire : « Evitez de monter dans une boîte de métal hermétique remplie de deux cents humains en sueur, où la climatisation fond comme neige au soleil et où vous apprendrez que l'air chaud, c'est comme la démocratie — ça circule mal dans les couloirs étroits. » Au lieu de quoi, huit cents écoles ferment, mille huit cents autres réorganisent leurs horaires, et l'on supprime des trains. Nous avons bâti un empire sur le rail, et voilà que quarante degrés nous rappellent que nous ne sommes que des mammifères stupides qui avons oublié ce que c'est, transpirer.
Mais le plus savoureux est ailleurs. Pendant ce temps, l'Ukraine étouffe la Crimée en coupant ses réserves de carburant, Trump menace l'Iran sur le Golfe persique, et l'on vend du whisky à des marathoniens épuisés — on les déshydrate trois fois plutôt qu'une. Pendant ce temps, nous, en France, nous nous demandons poliment si Mademoiselle peut prendre le 14h42 sans risquer une insolation. Notre fierté républicaine tient maintenant dans une bouteille d'eau et un ventilateur portatif. Les grands projets d'infrastructure du XXIe siècle, les voilà : faire fonctionner un train quand il fait chaud.